Notre monde, limite de notre conscience

23 avril 2013 | par Sylvie Bergeron – Comment vivre en société sans se laisser atteindre par ses travers ? Comment d’ailleurs notre monde en est-il arrivé à générer une violence dont les motifs sont de plus en plus nébuleux ? Évidemment, notre époque ne détient pas le monopole de la violence. La barbarie des siècles antérieurs, dont les dynasties dirigeantes ont grandement profité, parle aussi des limites de la conscience humaine.

Car c’est bien de conscience ici qu’il s’agit. La conscience de faire mal, de faire le mal. Qu’un Guy Turcotte tue ses enfants pour punir sa femme de l’avoir quitté ou que le terroriste du marathon de Boston tue indifféremment enfants et adultes au nom de ses croyances, qu’avons-nous à comprendre sinon que d’y perdre notre naïveté ? Perdre notre innocence signifierait devoir assumer une conscience plus large de notre monde, de ses causes et ses effets.

Autrefois, les guerres justifiaient la violence. Les rois luttaient pour se défendre ou pour élargir leur territoire. Mais aujourd’hui, comment colmater le goût de tuer son prochain alors que tous les territoires sont conquis ? Tous ? Non ! Reste encore le territoire psychique et le territoire mental… Justement élargir le territoire de notre conscience est la clé pour contrer la violence actuelle. Une guerre invisible, avec des protagonistes invisibles, des motifs invisibles appelées intentions.

Dans notre perception du monde, même lorsque les causes demeurent inexpliquées, les victimes et leurs assaillants sont toujours considérer provenir de causes visibles. Dans notre monde de perception, chacun est supposé disposer d’une volonté propre.

Mais de quelle volonté parlons-nous devant un Guy Turcotte qui a rallié un juré et  des psychiatres à sa cause : clamer son innocence parce qu’au moment de tuer, il n’existait plus, il était possédé. Une volonté invisible s’est immiscée dans le cerveau d’un homme qui a momentanément perdu la raison et tué ses enfants. Et cette force obscure – invisible – qui a volé deux vies, blanchirait un homme de ses crimes. Le juré et les psychiatres ont accepté qu’un criminel soit remis en liberté car le coupable est invisible. Mais il est dans la tête du criminel qui s’en dit victime…

Quand le système basé sur la raison ne peut comprendre un mystère, il évite de s’étendre sur le sujet. Pourtant c’est de la conscience humaine qu’il s’agit ici. De la science humaine.

De quelle volonté parlons-nous lorsqu’un terroriste veut que nous sachions ses intentions de tuer au nom de sa cause : Dieu, une force plus grande que lui. Une autre volonté invisible régit les faits et gestes d’un criminel et nous acceptons de ne pas creuser notre humanité dans son inconscience pour enfin l’en sortir ?

Cette volonté invisible qui guide la plupart d’entre nous exprime ce fait : la conscience humaine n’appartient pas à l’humain. Tuer, en effet, n’est pas un acte humain. C’est le fruit d’un manque de conscience de soi et d’une méconnaissance des mécanismes de l’âme et de l’esprit.

Il y a bien mille manières de tuer. Mais il n’y a qu’une source de violence : toute guerre commence dans la tête de quelqu’un qui se trouve momentanément à en être dépossédé ou qui est mu par une croyance fomentée de longue date. Tous, nous vivons des moments d’égarement à l’occasion. Ces moments viennent parfois d’un choc, d’une mauvaise nouvelle, d’une accumulation de frustrations, de nos désirs. Nous sommes alors émotifs et pouvons dire des choses qui dépassent notre pensée, nous déversons notre trop plein sur l’autre, nous projetons le mal au lieu de le digérer dans notre for intérieur et d’en vivre l’effet : une transformation, une mort psychologique, un détachement. Et un élargissement de conscience.

Voilà l’intérêt réel d’observer la violence. Nous sommes 8 milliards de personnes sur la planète. Si nous additionnons chaque frustration vécue chaque jour, il n’est pas surprenant de témoigner du dérapage de quelques-uns. Mais ne pas chercher l’ennemi invisible, la cause psychique ou mentale et ne s’en tenir qu’à des faits juridiques, religieux ou philosophiquement éthiques n’atténuera pas la multiplication d’événements qui justement dépassent l’entendement.

Certes, nous avons perdu nos repères. Nous sommes dépossédés de nos terres, nous vivons pour la plupart dans le béton, notre énergie ne sert plus à nous relier à la nature mais à nos ordinateurs. Mais dorénavant, il faut devenir plus attentif au monde que nous créons : dans la tête de milliards d’individus laissés à eux-mêmes se battent nos ancêtres, nos vieux conflits non résolus, nos quotidiens frustrants. Dans nos têtes, des milliers de pensées s’entrechoquent chaque jour qui ne font pas partie d’aujourd’hui mais d’hier, qui ne sont pas nécessairement reliées à nous mais à nos parents, à notre histoire et à quelle qu’autre force occulte qui prend la place des sous-êtres que nous sommes parfois.

Si autrefois les rois craignaient l’envahissement des royaumes voisins, si les guerres mondiales ont fait craindre l’état de siège à plusieurs pays dits souverains, aujourd’hui, notre ennemi est moins palpable, plus intangible. Il est invisible. Et notre conscience est capable de les dénoncer.

Notre société est aujourd’hui porteuse d’une richesse incommensurable. Mais notre conscience n’a pas changé. Les guerres de territoires entre soldats se sont transposées dans les royaumes du commerce international, champs de bataille qui fait de nombreux morts, qui engendre déséquilibre et surtout intimidation, harcèlement, mais très imperceptiblement. Nous ne voyons pas notre ennemi et souvent, nous le nourrissons, nous le laissons entrer dans notre territoire psychique et mental : publicité, télévision, croyances à la solde du consumérisme, nouvelles continues, marchandisation du savoir, de la culture, des nations. Le pouvoir de l’argent entretient une nouvelle forme d’inconscience. Nous croyons avoir réussi à maitriser nos angoisses quand nous avons une bonne vie matérielle. Mais tant que l’être ne comprendra pas sa science intérieure en profondeur, il ne sera jamais en paix, même s’il s’affranchit de ses conditions matérielles. Pour dépasser l’illusion d’une paix matérielle, il faut s’apercevoir du territoire immatériel de sa propre conscience.

Notre monde révèle les limites de notre compétence à être humain, à être une science humaine. Nous sommes limités car nous refusons de sortir de notre innocence. Être innocent, au sens de ne pas savoir. Même si nous croyons être libérés de la religion, force est de constater que nous nous cherchons encore un directeur de conscience : Dieu ou l’argent nous donnent l’impression que nous pouvons agir avec notre volonté conformément au pouvoir octroyé.

Lorsque nous avons réussi à briser toutes les formes de conditionnements à l’intérieur de soi, c’est-à-dire à passer par de nombreuses expériences et en digérer l’enseignement à un point de maîtrise, notre être devient fluide. Nos énergies ne sont plus l’otage de nos frustrations quotidiennes, de désirs conditionnés par la vie des autres, par les ambitions de la mondialisation du marché qui pousse tout le monde à vouloir ce que seuls quelque-uns pourront prendre parce que leur concupiscence est plus démesurée que celle des autres.

Laissés seuls à notre propre compréhension de l’humain, nous avons souvent peur de nous tromper, de ne pas être à la hauteur. Mais à partir du moment où nous avons perdu toute forme de directeur de conscience à l’extérieur de soi, nous pouvons commencer à percevoir les enjeux réels de la violence. Lorsqu’un être se retrouve seul dans son territoire mental, le vide peut vite dégénérer en peur. La peur à son tour rend l’être imprévisible. Pourquoi ? Parce que l’être qui est confronté à la peur du vide ne peut pas identifier un ennemi, une cause à sa réaction émotionnelle. Le cerveau doit trouver quelque chose pour soulager le mal psychologique et psychique que lui inflige la peur.

Alors il faut s’inventer un ennemi qui donnera raison à nos comportements en détresse. Guy Turcotte a vécu sa peur du vide laissé par sa femme à un point de détresse qui trahissait son manque de maturité. Il a trouvé une manière de donner raison à son geste inhumain en pointant son ennemi invisible : il était devenu absent seulement pour le moment du crime. Le terroriste du marathon de Boston lui peut se donner raison d’après ses croyances personnelles au prix d’enlever la vie à d’autres qui ne croient pas la même chose. Ce portrait du déraisonnable, nous devons l’écouter, car nous en faisons tous partie. Nous sommes tous une clé d’ouverture de conscience. Cette clé doit fermer la porte de la fabulation dans nos têtes afin que la conscience s’ouvre à notre science cachée, la science humaine.

Sylvie Bergeron
Coach, auteure, éditrice, conférencière
Fondatrice de l’Observatoire de psychologie évolutionnaire
Conceptrice de la formation Le Créateur
www.laguaya.com/formation
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Pour vous inscrire à la formation : lecreateur@laguaya.com
Formations en septembre : Québec, Montréal, Val David
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