Pour une dictature déguisée : la judiciarisation du politique

4 mai 2012  | par Sylvie Bergeron –  Nous avons atteint les limites d’une gouvernance « juridique ». La crise du Québec révèle un désir du peuple de sortir du bâillon juridique dont a abusé le gouvernement Charest depuis 2003 pour imposer ses décisions corporatistes. La judiciarisation de la politique a contribué à museler et à diviser le peuple dans le cas par cas. La dimension politique croule sous le poids de l’imposition de la loi contrant le tissu social de la majorité. L’usage abusif des corporations imposant des baillons aux citoyens tue la démocratie et est la source du cynisme politique actuel. Nos élus eux-mêmes muselés par des Corporations-États ne sont plus en position de permettre à leurs citoyens de défendre le bien commun. D’où la crise.

Cette corruption mondiale des mœurs politiques appauvrit les peuples et les sols. Il est temps que l’Occident se débarrasse de ce système qui produit des dictateurs à cravate qui se disent toujours plus blancs que blanc. On ne peut trouver un coupable, on ne peut punir les crimes dans un tel système. Pour s’en sortir, il faut démanteler le système. C’est ce cri du cœur qu’ont lancé les milliers de personnes au rendez-vous du Jour de la Terre à Montréal, faisant écho à l’éveil des étudiants, cette jeunesse qui donne de la force à leurs ainés.

Ainsi la crise actuelle des étudiants reflète les limites de diriger un pays par le biais de ses juges. Les injonctions étudiantes constamment contrecarrées par les directions d’école à la recherche de la sécurité divisent sérieusement les parties. Qui gagne à ce
jeu ? La realpolitik a contaminé les valeurs réelles des peuples. Ce modèle actuel de gouvernance est un abus de la loi au détriment de la politique. Il s’agit d’intimider par la loi, là où l’on ne peut plus manipuler l’intelligence du peuple. Nous vivons sous la domination d’une dictature déguisée, personnalisée par un Premier ministre fier à bras des multinationales.

Dans le monde occidental, nos jeunes sont les seuls à pouvoir mettre fin à l’abus d’une autorité déconnectée du réel, à savoir la soumission obligée du peuple par la force, qu’elle soit militaire ou juridique. Comment les ainés de ces sociétés modernes peuvent-ils traiter nos jeunes d’enfants gâtés alors même que les adultes au pouvoir ne respectent eux-mêmes pas les lois via des systèmes de corruption dont ils font – peut-on en douter – partie ?

La judiciarisation de la politique au Québec et au Canada émane directement de l’implantation de la Charte des droits et libertés. La lutte entre les intérêts de l’individu et les intérêts collectifs dans une société de consommation a fait perdre la perspective de l’importance identitaire d’un peuple. Au Québec, la nation fragilisée par son unicité est banalisée et méprisée par certains individus qui usent de la loi pour passer par-dessus ses codes sociaux. La démocratie n’a plus de sens pour ceux qui ne votent que pour leurs intérêts propres par le biais du système juridique (ex. : les écoles passerelles, le peuple n’a pas voté pour ça).

Le collectif est le porteur de sens dans la nation : le peuple est l’esprit de la nation. Sans peuple pas d’esprit. Sans esprit, pas d’intelligence, pas de direction. Sans l’esprit du peuple, les individus font chacun pour soi et construisent un chaos alors même qu’ils croient augmenter leur qualité de vie…

Nous sommes arrivés à ce point de rupture qui appelle à l’intelligence. Être lucide n’est pas se croire responsable en acceptant l’inéluctable augmentation du coût de la vie pour mieux enrichir les spéculateurs et autres firmes corrompues. Être lucide, c’est voir où il y a abus, où la parole n’est pas suivie par des gestes. Les « realucid » sont ceux qui croient aux vertus du libre marché néolibéral, les vrais lucides sont ceux qui cherchent l’équilibre entre les valeurs individuelles et le bien commun. L’individu doit s’apercevoir qu’une démocratie menacée par les choix néolibéraux de ses dirigeants ne peut être sauvée que par chaque partie constituante du peuple, à condition qu’elles aillent toutes dans la même direction : celle de l’intégrité. Autrement le peuple se perd. Et alors c’est le chaos.

Le chaos actuel – et qui n’a pas encore atteint son plancher – vient d’un manque de courage politique. La politique ne reflète plus l’esprit des peuples, elle sert les intérêts de quelques particuliers. La crise des étudiants est le révélateur de cette stratégie outrancière, d’une absence de décision politique au profit d’une judiciarisation qui bâillonne le peuple et transperce son tissu social. Cette gouvernance est sans pouvoir sans les multinationales. Et les franges du peuple qui acceptent cette opaque gouvernance des libres forces du marché sont complices du plus subtil crime contre l’humanité : la dictature de la corruption.

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