S’isoler du monde ou en faire partie ?

Beaucoup de gens ont connu une période au cours de laquelle ils ont remis en question leur relation au monde. La perte du sens survient sans raison apparente et la personne qui la subit est souvent perçue comme une menace dans son entourage en quête de sécurité. On ne choisit pas l’évolution.

Sylvie Bergeron   Par Sylvie Bergeron

C’est elle qui nous choisit. En d’autres termes, aucun être sain d’esprit ne se glisserait dans le vide, si cela n’était commandé des profondeurs de son être prêt pour la grande exploration du Soi. Les institutions appellent ce mal « dépression », vocable que l’on associe malencontreusement à « maladie honteuse », ce qui provoque un cauchemar supplémentaire.

Pourtant, lorsque ce « bris interne » nous arrive, nous sommes nécessairement outillé pour passer à travers. Malheureusement nous l’ignorons. Ce qui inquiète nos proches alors vient plus de notre incapacité à les rassurer que du mal lui-même. Mais tout le monde est content que ça ne soit pas tombé sur eux… Du coup, la famille nous presse de voir le docteur, de consulter, de prendre des antidépresseurs. Tous ces outils sont utiles et permettent de conserver un certain équilibre, du moins pour un temps. Mais après avoir ingurgité toutes ces potions, lorsque le marasme perdure, qu’est-ce que la famille peut faire de plus ? Elle se dissocie. Que peuvent les anti-dépresseurs quand l’oppression ne nous quitte pas ? Il faut creuser.

Creuser ! Ça signifie admettre l’échec à la face de tous : collègues de travail, patron, parents, enfants, amis. La honte ! Devoir s’introspecter ? Entrer en sacerdoce psychique ? Devenir différent des autres au point de se sentir ostracisé dans son propre pays ! Viennent alors les choix intérieurs, ceux que seuls nous pouvons mettre en action : mourir ou vivre. Se retirer du monde, attendre la mort, se suicider. Ou lire, s’informer, consulter différents thérapeutes, s’ouvrir à l’inconnu. Ça y est, le mot est lâché ! S’ouvrir à l’inconnu. Vous venez d’annoncer que vous devenez un être dangereux pour la famille, pour la société. Pire qu’un prisonnier, qu’un aliéné, vous marchez vers l’inconnu ! Qui voudra de vous ?

Voilà. Vous êtes maintenant totalement laissé à vous-même dans votre propre aventure. Ça tombe bien, vous êtes le seul héros du roman. Et vous allez passer à travers la première grande épreuve : la solitude. Au début, vous serez frustré, fâché, peiné, bref vos émotions prendront toute la place. Le sentiment de petitesse, d’impuissance vous rendra victime de cette pourtant fabuleuse mutation. Mais vous ne saisissez pas encore les bienfaits de ce qui vous arrive parce qu’une tension, une souffrance contrôle votre quotidien. Bien sûr, il vous est entièrement permis de vous apitoyer sur votre sort. Non ! Pas pour lécher vos blessures de victime. Mais plutôt pour que vos émotions enfin retrouvées se remettent à circuler en vous ! À ce moment, vous prenez conscience que vous étiez déconnecté de votre ressenti. Première étape vers votre guérison.

Connecté | déconnecté
La dépression amène son lot de doutes, d’angoisses et de mutations obligées. Il est ardu d’accepter devoir laisser notre vie active, nos habitudes. Les bouleversements mondiaux s’ajoutent à nos questions existentielles et nous replongent parfois dans l’impression que, peu importe ce que l’on entreprendra après, tout sera vain. Il est vrai que beaucoup de choses ne dépendent pas que de nous, et justement il importe de pouvoir nommer dans ces moments-là ce qui nous convient personnellement. La dépression exprime le fait de s’être oublié durant si longtemps que nous ne savons plus qui nous sommes, ce que nous voulons ni si même nous l’avons déjà su.

Ce qui vous amène à une autre grande épreuve : après la solitude, nommer vos besoins réels, les désirs qui viennent de vous et non des autres. Ah ! Voilà que vos amis vous laissent tomber. Ils ne vous reconnaissent plus, vos aspirations dérivent vers un monde qu’ils ne comprennent pas. Ils ne peuvent pas croire que vous devenez à ce point déconnecté de la société, que vous acceptez de perdre votre niveau de vie, celui qui fait de vous la personne si solide qu’on croyait, celle qui réussissait !

Il faut parfois choisir : être déconnecté de soi ou déconnecté de la société. Après de nombreuses hésitations, vous avez maintenant clairement choisi d’être vous-même. À ce stade, c’est encore prétentieux de le dire parce que vous vous découvrez à peine, mais tout de même, il faut du courage pour le déclarer à ses amis, à sa famille, à son patron et à la société. Être soi, pourquoi est-ce si intolérable sur le plan sociétal ? Peu vous importe. Dorénavant, vous misez sur vous.

Vous parvenez à la deuxième étape : l’acceptation. Et celle-ci s’accompagne d’un nouvel élan intérieur, une sorte de dégel d’une force que vous ne vous soupçonniez pas. Vous êtes prêt pour la suite. Vous voulez dorénavant aller plus loin dans votre démarche intérieure. Vous voulez comprendre ce qui vous arrive, mettre des mots sur cette expérience parce que vous voulez devenir le témoin lucide de votre transformation. Cet état deviendrait-il plaisant ?

Être d’accord avec soi est plus puissant qu’une promotion au travail avec salaire et bonus ! Vous bénissez le jour où le diagnostic est tombé : Dépression. Et un autre miracle se produit : vous cessez de vous juger, de vous condamner, de vous sentir porteur d’une maladie honteuse. Vous comprenez qu’il n’y avait pas d’autre voie de passage pour reprendre contact avec votre essence.

La dépression est une capitulation de nos forces vives au service de repères qui n’ont plus leur place. Elle est une perte de stimuli signifiant que le monde que l’on a toujours connu ne nous satisfait plus. Plus rien de nos références passées ne nous touchent. C’est le signe le plus fabuleux d’un changement de paradigme.

Aller au bout de sa responsabilité
Avec le temps, certains retrouvent la joie de vivre, d’autres restent avec une tension. Certains préfèrent demeurer en retrait pour le simple plaisir de se sentir s’appartenir. Mais encore trop de personnes se sentent frustrées de ne plus pouvoir s’associer à la collectivité car, le sens qu’ils donnent à leurs actions ne résonne plus avec la société de consommation. Ceux-là stagnent parfois dans une vie faite d’attentes voire d’amertume non digérée, causées par le sentiment persistant de ne pas être allés au bout d’eux-mêmes.

Si vous vous reconnaissez ici, prenez conscience qu’il est important que vous trouviez des manières de revenir dans le monde, mais à votre façon, à votre rythme et pour des raisons propres à votre essence. Si vous êtes passé à travers toutes ces étapes de mutation, il est faux de croire que vous resterez un éternel ostracisé. Il vous reste un pas à faire : être responsable de votre avancement. Qu’il survienne dans la société ou en parallèle, c’est votre besoin qui prime.

Non, il ne s’agit pas de se noyer à nouveau dans le système, au contraire, mais de persévérer à rester vous-même.

Se connaître
Il faut beaucoup se connaître pour travailler au cœur d’une société déconnectée d’elle-même. Assurer-vous de ne pas vous laisser aspirer par le drainage collectif. Vous comprendrez alors pourquoi pendant de nombreuses années, il vous semblait interdit de revenir dans le monde. Le développement de la force intérieur se finalise au cours de cette étape de réintégration sociale. Vous ne pouvez pas vivre déconnecté du monde indéfiniment, une fois que vous êtes connecté à vous-même. Nous avons la responsabilité de créer le monde dans lequel nous voulons vivre avec nos semblables. Ainsi, lorsqu’une masse critique de personne se sera reconnecté à leur feu créatif et qu’elles auront appris à implanter leur identité à travers leurs réalisations, alors le monde sera fait d’une réelle solidarité humaine.

La dernière étape
La notion de plaisir est fondamentale dans une démarche de reconnaissance du soi. La dépression semble aller à l’encontre de cette recherche de plaisir. Or au contraire, elle se pointe avec le temps pour nous faire accéder à des plaisirs différents que ceux auxquels nous avions goûté. Justement le goût de rester soi-même, du corps paisible, de l’esprit tranquille, de la douceur, du rire. Il est primordial de considérer l’étude de soi comme le premier plaisir de vie. Autrement vous souffrirez de ne pas vous réaliser, que vous soyez dans le système ou en dehors. Cette dernière étape, conduit à une simplicité qui donne l’impression d’être en vacances à temps plein. N’est-ce pas la liberté absolue ? Être libre parce qu’on est devenu responsable de soi.

Par Sylvie Bergeron
, auteure, coach, conférencière, éditrice, fondatrice de l’Observatoire de psychologie évolutionnaire, conceptrice de la formation d’autocoaching Le Créateur®


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