Une société ne peut pas se bâtir sur de la preuve

– Réplique à Yves Boisvert et à Jacques Frémont

par Sylvie Bergeron

Le peuple québécois est en train de faire un choix de société fondamental pour son identité. Ce choix pourrait être mis en échec parce que la société de droit a pris le dessus sur le politique. Prompt à défendre les règles du droit, M. Boivert – comme la majorité de ses collègues mâles à La Presse et autre M. Frémont –  balaie le désir naturel et intuitif de la femme à faire valoir son identité. Nous disons que l’heure est à la réhabilitation de l’intuition, l’autre hémisphère du cerveau qui justement permettrait que nous retrouvions notre équilibre. L’heure est à la femme.

Poser la raison comme unique attribut de l’intelligence, comme si elle détenait à elle seule les clés de la vérité, alors qu’elle est la principale responsable de la division sociale est un affront à l’intuition féminine, sinon une banalisation, voire un mépris déshonorant pour la race humaine. Lorsque chacune des parties a raffiné son argumentaire au point qu’il n’y a plus de gagnants ni de perdants, nous sommes paralysés par les pirouettes du raisonnable. Tout le monde s’applaudit pour le spectacle intellectuel, mais où est l’arbitre qui donnera le vainqueur ? Dieu ? Les juges ? La réalité est qu’il n’y a que des perdants dans des argumentations sans fin. Washington vient de nous en donner un très bon exemple en paralysant le pays au nom d’une idéologie : la raison fait aussi de puissants ravages.

La rupture avec le religieux n’est pas une idéologie. La rupture avec le religieux est un choix de femmes dans une société émancipée. Personne, pas même un juge ne doit nous voler ce choix.  Alors c’est elle qui se fera l’arbitre pour trancher les murs érigés par la raison. Une société ne peut pas se bâtir sur de la preuve. Il faut donc sortir de ce paradigme pour retrouver l’équilibre social.

Nous ne sommes pas en guerre contre les femmes voilées, mais contre le retour du religieux sur la place publique. Nous sommes en guerre contre le déni de l’homme face à la femme. Ce qui revient à dire que nous sommes en guerre contre la raison de l’homme qui défie l’intuition de la femme à se tenir debout devant toutes les formes d’assaut et d’insultes à son intelligence propre.

La société de droit n’est pas l’unique manière de solutionner les problèmes. Il est temps d’inclure la femme, non pas celle qui réfléchit uniquement avec la raison de l’homme, mais celle qui perce les mystères avec son intuition de l’équilibre. Si l’homme a eu besoin de la raison pour apprendre à contenir la démesure de ses passions, la femme a toujours eu l’intelligence de la préservation. À ce stade-ci, les femmes du Québec vous disent que l’équilibre est rompu avec le retour du religieux et que le discours juridique ne sera pas la solution. Nous déclarerons la guerre à la société de droit et n’apporteront aucune preuve que notre liberté est en jeu. Nous l’affirmerons et prévenons que la preuve est invisible. Car si vous ne pouvez la voir, c’est que vous avez perdu contact avec votre intuition, avec la voie du cœur, celle qui nous permet de trouver l’équilibre. Il faut soit haïr la femme, la mépriser ou l’ignorer pour accepter le retour des religions au sein de l’État.

Les femmes qui sont venues ici, au cœur d’une société émancipée ne peuvent pas lui imposer un recul, c’est à elles de s’émanciper. Leurs hommes – ceux qui en réalité nous imposent leurs vues – devront eux aussi s’émanciper. Que l’on sacrifie quelques hommes et femmes dans la fonction publique, même en situation de pénurie de main-d’œuvre, est le prix à payer pour affirmer notre désir de liberté. Ce sont les femmes du Québec qui ont permis sa maturité démocratique et sa survie identitaire. L’identité d’un peuple ne s’achète pas en payant des impôts.

La contradiction de M. Boivert

M. Boivert utilise un argumentaire douteux dénigrant notre désir de faire les choses autrement. Il nous indique que ce que nous ressentons n’est pas aussi important que le sentiment ressenti par certains pratiquants. Un homme réduit le viol de notre liberté à un accommodement raisonnable et nous dicte comment nous devrions nous sentir, dénigrant par là notre réalité intime. « Ce n’est pas parce que des gens haïssent les religions, ou l’islam, ou le judaïsme que leurs « droits » sont bafoués quand ils croisent un foulard ou une kippa dans un édifice public. » M. Boivert nous exprime ici qu’on prête trop attention aux signes religieux visibles. C’EST JUSTE DU LINGE. « Le gouvernement argue que les employés de l’État conserveraient le droit de pratiquer et de manifester leur foi en dehors des heures de travail. C’est banaliser la signification que ces vêtements peuvent avoir. » La Presse, 18 octobre 2013. M. Boivert nous exprime ici combien les signes religieux sont importants pour les croyants. C’EST PAS JUSTE DU LINGE. 

La raison se contredit toujours lorsqu’elle atteint ses limites et qu’elle refuse de communiquer avec l’intuition. Aucun argument raisonnable ne pourra prouver la bonne foi des porteurs de signes ostentatoires. La raison ne comprend pas les fils invisibles qui trament les relations. Les intentions cachées seront toujours impossible à démontrer. Nous ne saurons jamais pourquoi une femme porte un voile, pourquoi un Juif refuse de comprendre que le désir d’émancipation des femmes est plus important que le rituel d’une religion qui soumet la femme.

Ce que nous savons, c’est que pour les Juifs et les Musulmans, rien n’est séparé : le politique, le culturel, le religieux. Ce que nous savons, c’est que nous avons choisi de séparer ces choses. Nous les avons séparées sans pour autant nous égarer parce que la femme a pris sa place avec intégrité, maturité. Et l’État québécois a répondu : Présent. Aujourd’hui, devant la croissante prolifération de pratiques religieuses visibles, l’intuition féminine veut préserver les acquis de nos libertés : revendiquons la hiérarchisation de l’égalité homme/femme sur la liberté religieuse.

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